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Parfois en cherchant tout autre chose sur internet, on tombe sur une bonne surprise. Pour éventuellement utiliser un vers de Baudelaire dans une introduction d’un film relatant l’un de mes voyages, je cherchais le texte du poème « Invitation au voyage ». Mais malheureusement aucun vers ne pouvait s’intégrer dans l’introduction, toutefois je tombe sur cette partie du poème :

De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.

 

Aucun rapport avec Iniz Narab, mais ayant toujours un esprit assez romantique et curieux, je tape sur Google « poème larmes voyages », peut être trouverai-je un vers une phrase à récupérer… C’est difficile à croire mais je suis tombé sur ce texte, qui bien entendu m’a complètement éloigné de ma recherche pour me rapprocher de notre sujet Iniz Narab. Le titre est de moi… désolé.

 

Les larmes de Louison.

 

Les temps changeaient. Des rois perdaient leur pouvoir. Des peuples perdaient sans violence leur histoire, leur culture ; ils acceptaient ces pertes sans rechigner, leurs maîtres autorisaient ces évolutions et cela ne dérangeait pas les dieux. Tout était étrange : des pays appelés puissances s'octroyaient le droit de diriger d'autres territoires. Des puissances dirigées par des puissants connaissaient des soulèvements de leur bas peuple, des paysans, des ouvriers…

Iniz Narab étaient dans ses pensées - et non dans ses rêves - en lisant, à l'ombre du dattier le plus haut de l'oasis, un livre écrit en français que lui avait remis Louison.  Ce livre, lui dit-elle, était interdit dans de nombreux pays.

Il aimait tourner les pages des livres. Il aimait sentir l'odeur dégagée par le mouvement des feuilles. Il aimait fermer les yeux en serrant fortement le volume contre sa poitrine. Il aimait imaginer celui qui a aligné ces mots, qui a assemblé ces phrases. Il aimait, chapitre par chapitre, changer l'histoire selon son humeur. Il aimait la musique des textes, la couleur des causeries. Mais ce livre il ne l'aimait pas ; il captivait trop son attention ; il l'empêchait de rêver...

Iniz Narab leva la tête et vit au loin Louison gravir le temps nécessaire à rejoindre le dattier situé au point le plus haut de l'oasis. Sa démarche était surprenante. Ce n'était pas son rythme. De plus elle avait la tête baissée comme si elle cherchait l'endroit le plus approprié pour positionner son pied.     

Une éternité ou un simple coup d'aile peuvent être nécessaire à Louison pour l'atteindre. Aujourd'hui ce sera une éternité. Il aime quand son pas est lent car chaque trace laissait dans le sable est source d'un rêve où Louison joue de plus en plus souvent un rôle primordial. Mais aujourd'hui Iniz Narab n'aimait pas son pas aboulique.

Ce livre puis ce pas hésitant, aujourd'hui encore une fois, dénotent par rapport à la multitude des jours qu'il avait connue dans la sérénité, la quiétude, la paix. Toutes ces journées où le vent du désert accompagné ses rêveries. Toutes ces journées où les oasiens venaient l'écouter lui qui ne parlait qu'à lui-même. Toutes ces journées où son silence redonnait confiance aux grands de son monde. Toutes ces journées où Allah organisait sa vie, répondait aux rares questions pour lesquelles il n'avait pas de réponse. Depuis que Louison était intervenue dans son ego, les jours avaient commencé à changer. Peu à peu ses rêves devenaient des pensées, ses pensées  devenaient des idées, ses idées devenaient des conseils, ses conseils devenaient des projets… Aujourd'hui ne sera pas clément.

Quelquefois Louison levait les yeux vers lui ; Iniz Narab n'ignorait plus que ce regard le perturbait, le troublait, participait à son propre changement. Son regard clair brillait très fort. Mais aujourd’hui il n’y avait pas cet éclat qui l’accompagne quand elle vient pour discuter avec l'arrière idée de se chamailler. Ni cet embrasement qui le trouble tant et ne peut empêcher son cœur de danser – état pour lequel il se refuse de raisonner pour ne pas le voir disparaître tellement il est bon à vivre. Le regard de Louison brillait, aujourd’hui, seulement parce que le soleil reflétait dans des larmes naissantes…

Iniz Narab s'interrogeait sur ces larmes, là aussi c'est nouveau, récemment encore elles seraient une source à des évasions douces ou spectaculaires vers des rêves où s'éveilleraient des mondes singuliers. Ou alors, à voix haute il aurait fait part de ses pensées et son public l'écouterait comme un poète ou encore un philosophe qui transmettait un savoir venu d'ailleurs. Iniz Narab ne rêve pas et pense, il se souvient d'une note issue de ses paroles au sujet des larmes.

 

Une empreinte folle se dessinait sur chacune de ses joues.

Parfois un gonflement limpide quittait l'œil et filait sur cette route,

Glissait doucement sans atteindre le vertige du cou.

Arrivé au vide sous le menton, naissait une goutte.

Phénomène physiologique connu dont les sources étaient multiples.

Selon le narrateur, on appellera cette manifestation larmes ou pleurs.

Sur ce phénomène se pencheront des hommes, futurs disciples

A l'écoute d'un poète, d'un philosophe, d'un biologiste, d'un cœur…

 

Aux larmes se joignent des mouvements, plus ou moins importants du corps.

Des soubresauts, des attitudes agitées, excités sont les nerfs.

Mais aussi, l'être  peut montrer un calme troublant ; serait-ce un décor ?

Le pleur est communicatif quand il accompagne la perte d'un être cher.

La douleur suite à un mal quelconque déclenche la naissance de larmes.

La tristesse peut être souffrance et un flot incontrôlé jaillit.

Pour celle-ci, cherchant un difficile pardon, son pleur sera une vraie arme,

Devant ces perles riches d'émotion peu à peu la colère de l'amant faiblit.

 

La périodicité de la montée des larmes est différente selon les individus.

On ne voit jamais les larmoiements de ceux qu'on veut croire puissants.

On suppose que les faibles à l'arrivée de leurs sanglots n'ont aucune retenue.

Pas d'effet, pour cet homme, devant sa profonde plaie où coule le sang,

Alors que de sentir la tristesse d'une âme en peine ou le chagrin d'un animal

Il faudra à cet homme, pour éviter les larmes, beaucoup d'effort.

La fatigue, dit-on,  peut exagérer l'activation des glandes lacrymales ;

Augmente-t-elle la sensibilité, l'émotivité, la mélancolie ? J'en doute fort.  

 

Ici, Iniz Narab arrête le cheminement dans ses souvenirs. En effet, le dernier propos retenu de sa mémoire le choque. Avec l'arrivée de Louison dans son existence, certaines de ses certitudes sont mises à mal ; il découvre ses propres limites. Il est vrai qu'il ne peut se permettre de donner un jugement de l'action de la fatigue sur un être vivant car lui-même, depuis qu'il est arrivé en ce monde, n'a jamais connu un seul moment de fatigue ! C'est un état qu'il ignore. Il aspire à en faire connaissance - Il ne sera pas déçu – car il pourra observer, analyser et en parler. Cette nouvelle découverte viendra enrichir ses rêves…

Iniz Narab revient à ses souvenirs, à la fin de la note :

 

Les larmes savent aussi nous rappeler nos origines… la mère et la mer.

Cette douceur, ce goût salé évoquent les tendres mois avant la naissance

Et les océans berceaux de la vie originelle dont l'humanité semble fier.

Les larmes que je préfère sentent l'exultation et respirent l'innocence.

Ces larmes douces, chaudes et scintillantes s'échappent d'yeux mi clos,

Ces frêles larmes, de la pointe de la langue on aimerait les arrêtées

Un sourire séduisant accompagne ces larmes et il surprendra le sot  

Qui croit à un chagrin alors que c'est le bonheur, l'allégresse qui est fêtée.

 

Iniz Narab remarque, en se rappelant ce propos, le cheminement de sa réflexion vers le rêve. Ce devait être à ce moment là que, sous son dattier préféré de l'époque, à voix haute il invitait, sans le demander, son auditoire à suivre ses chemins tortueux et doux de ses rêves.

 

Ô ce sourire, ces paupières à demi baissées et ces larmes de bonheur

Qui m'entraînent, dans un enchantement partagé, vers une pure félicité.

Le rythme de sa poitrine me trace le chemin, ses larmes effacent mes peurs.

Dans ses amours, son allégresse, dans sa magie je veux me précipiter.

Ô ces larmes, étoiles scintillantes, itinéraires de sortilèges puissants

Qui entraînent mes longues rêveries dans de succulents délires jubilatoires…

Ses yeux s'ouvrent, son sourire se fige, ses larmes retournent au néant.

Mes paupières s'abaissent, je souris, je pleurs des larmes pleines d'espoir…


Iniz Narab lève la tête et accueille Louison s'apprêtant à la consoler, la conseiller… Avant que de nouveau son esprit s'évade dans l'immensité du cosmos de ses rêves, avant que Louison soit princesse, mère, enfant, intrigante, reine, esclave. Déjà comme souvent elle engage, irritée, la conversation avant lui :


"Bonjour ! Merci à ton sable chéri qui encore une fois profite d'un coup de vent pour venir glisser un de ses grains sous ma paupière…"


Voilà donc la raison des larmes de Louison… Simplement un grain de sable…

Iniz Narab était aux anges, il savait encore s'évader dans les rêves, dans les songes. Un large sourire de bonheur s'installait sur son visage buriné ; au grand désarroi de Louison.

Comment son mal, aussi léger soit-il, peut-il amener un si beau sourire à son ami ?

Un mystère de plus… pour elle et enfin de compte une bonne journée… pour lui.

 

Personnellement, il m’a fallu relire plusieurs fois le poème repris dans cette note pour le comprendre, mais chacun a ses limites. Je suis aussi très curieux de connaître le livre qu’Iniz lisait, livre soit disant interdit dans de nombreux pays…

 

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