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Pages actualisées le : 12 décembre 2008, à suivre...

 

Je vais vous faire vivre une recherche que je fais sur un personnage pas connu ou presque.

Tout a commençé quand je me suis intéressé au Yemen ; c'est un de mes projets de voyage.  Avant de visiter un pays  j'aime bien me documenter au delà des guides de voyages. Grâce à internet, c'est de plus en plus facile même si parfois le nombre de pages à consulter donne le tournis.

Dans les moteurs de recherche, j'ai inscrit plusieurs thème :" géographie Yémen", "histoire Yémen", "écrivains yéménites", etc. En réponse à "écrivains yéménites", je suis tombé sur un petit texte lié à un livre d'Henri Marlait, chercheur littéraire peu connu. Le texte :

 

Extrait de l'opuscule d'Henri Marlait : "Les grands poètes ignorés" édition de 1953 :

 

  Iniz NARAB : naissance ? - décès ?

 

Poète yéménite, il fréquentait les oasis près d'Aden. Ses poèmes de forme libre sont repris parmi des notes dans 3 volumes appelés les notes d'Iniz Narab, les deux premiers en langue arabe et le troisième en français. Ses poèmes seraient purement oraux, les notes auraient été écrites par ses proches. Dans la deuxième partie de sa vie, il fait la connaissance d'une jeune française, Louison. Elle sera sûrement à l'origine de son oubli en effet d'une part ses pairs ont renié et rejeté Inizn Narab considérant ses fréquentations avec cette jeune européenne comme une liaison douteuse et d'autre part on lui attribuait l'acharnement du poète à lutter contre les écrits du coran ; il disait, notamment, que la chance d'Allah (Dieu) était de ne pas exister car sinon l'homme devrait chercher à le détruire ainsi il serait libéré pour trouver seul sa voie vers la raison. 

Quelle triste faveur donnée à mon œil

De contempler ce monde moribond survivre

Satisfait d'un excès de deuils

Vénérant un dieu de sang ivre

(Extrait du 3ème volume, dans la note "Vision d'aveugle")

 

Quelques temps après je parlais de ce poète yéménite à un ami en lui disant qu’il était surprenant de ne rien trouver sur ce personnage. Il est vrai que j’adhère pas mal aux quatre vers cités par Henri Marlait et souvent ce poète devenait un de mes sujets de conversation.

 

Donc, cet ami me rappela pour me dire que son père, psychiatre, qui avait fait une étude sur les rêves, avait un texte qui parlait de lui, malheureusement il ne se souvient pas de son origine. Mon ami m’a recopié ce texte que je vous délivre ci-dessous :

 

La première rencontre avec Louison.

 

Le poète Iniz Narab avait l'habitude de se parler à voix haute lorsqu'il réfléchissait au thème de ses futures pensées, lorsqu'il répondait aux questions qu'il se proposait de débattre avec lui seul. Il n'aimait pas que le vent amène quelques parasites dans son champ de doutes, de certitudes. Et pourtant dans ces moments il se retrouvait entouré d'une foule qui le considérait plus comme un philosophe qu'un poète.

Un jour, le soleil était à son zénith et à l'ombre d'un dattier le poète commençait à parler à voix haute, il s'interrogeait sur les rêves, c'était un de ses sujets préférés. S'était-il épanoui dans un mauvais rêve où au contraire s'était-il dérobé à un fantasme ? Lui seul le sait et peut être sa couche. Peu à peu, les hommes quittaient les champs pour l'écouter. C'est ce que le poète pensait mais en réalité dans l'oasis tout le monde savait que c'était surtout un alibi pour profiter de l'ombre des dattiers à un moment où le soleil était le plus chaud. Toutefois l'inactivité permettait l'écoute. Ecoutons le philosophe qui n'était que poète :

"La vie est une réalité, parfois belle, parfois triste"

- long silence - 

"Les rêves en sont la musique"

- l'attention se sent chez les spectateurs -

"Les pensées de l'homme sont les notes"

- les témoins se regardent, certains sourient -

"Les ennuis et les chagrins sont les instruments"

- très long silence -

"Allah est le chef d'orchestre"

- la tête du poète s'abaisse car à cette époque il commençait à douter sur la réelle importance d'un dieu dans l'existence pure de l'homme (voir le volume 3 de ses notes notamment "Plus grand est Allah, plus petit est l'homme...")  

Un fidèle interrompt le cheminement de ses pensées :

"Poète, le cauchemar, c'est à cause de quoi ?"

Le philosophe ne répondit pas, il réfléchit longtemps. Parfois d'un regard étrange il fixait devant lui. Son regard traversait les spectateurs, les dattiers et même un peu plus loin les dunes qui bordaient l'oasis. Cherchait-il la réponse ou avait il oublié la question ? A un moment sa main droite se leva, tous les regards pétillèrent, mais elle alla seulement caresser le lobe de son oreille gauche. Peu à peu le ciel prenait ses couleurs orange, rouges, signes de la fatigue du soleil. Peu à peu il se retrouve seul.

Enfin presque car une jeune fille était là, son regard clair s'arrêtait sur les yeux du poète. Ses cheveux brillaient au soleil couchant. Sa chevelure était très belle et intimidait ; le matin elle se parait de la couleur du matin, le midi de la couleur du midi et le soir de la couleur du soir. Ses cheveux ondulaient comme des vagues, parfois caressant le sable au bas des dunes mais aussi parfois creusant les falaises dans un fracas qui couvrait tous rires et tous pleurs. Elle s'appelait Louison.

Le poète se lève prend son bâton qui l'aide à marcher dans le sable et... il entendit la voix de Louison. Elle attendait la réponse. Le poète fut surpris. Elle ne dit qu'un mot, une syllabe de 3 voyelles, un mot aigu, agressif, venant d'un de ses pays verts du nord. Un mot qu'il n'aimait pas. De plus elle utilisait ce mot avec un ton qui le transformait d'une affirmation en question. Cela le troublait, en inclinant légèrement la tète tout en remontant son regard droit dans celui d'Iniz Narab et en accompagnant la prononciation d'un sourire, elle avait simplement dit :

"Oui ?"

Qui faisait suite à la question initiale "Poète le cauchemar c'est à cause de quoi ? ". Le ton et le son du "oui ?" montraient une certaine impatience, une réelle impertinence.

Le poète fixa Louison, il ne put s'empêcher de fermer les yeux pour admirer encore plus la pureté de son visage sans défaut. 

Il sourit accentuant les signes du temps de son visage et dit doucement, calmement et seulement :

"Une fausse note"

 

 

Après le geste de cet ami que je n’ai pas revu depuis bientôt deux ans maintenant, j’ai eu le droit à une petite surprise. Je cherchais comme idée de cadeau des titres de livres de poésie pour enfant ; j’avais tapé sur Google entre autres « fables » et je suis tombé sur un site qui citait Esope. J’ai fait une recherche sur « Esope » pour découvrir le style de fables et comme toujours une multitude de propositions s’affichent dont l’une comportait dans son résumé le nom « Iniz Narab » ; quelle surprise ! J’avais un peu oublié ce sujet de ma curiosité mais je n’ais pas hésité à ouvrir et à faire un copier/coller. Je précise cet information car bien m’en a pris, en effet récemment j’ai voulu rechercher cette page sur internet et encore une fois, comme souvent cela arrive, impossible de retrouver cette page. Ci-dessous, vous aurez la chance de lire le « copier/coller » de l’époque, certes je n’avais récupéré que ce qui était lié à Iniz Narab :

 

La colère de Louison

 

Un jour, le poète Iniz Narab, assis près d'une cruche pleine d'une eau saumâtre, regardait la couleur de ses mains, le dessus très hâlée, le dessous très pâle. Pendant un temps assez long pour pouvoir remarquer le large déplacement de l'ombre de cette cruche, il retournait ses mains, fronçant de temps en temps les sourcils.

Louison qui, depuis 6 jours, n'était pas venue écouter le philosophe qui n'était que poète, s'agaçait à attendre le moindre son sortir de la bouche de celui qu'elle admirait. Depuis un certain temps elle était souvent seule car dans l'oasis tous les habitants s'étaient peu à peu fatigués des longs silences du poète qu'ils avaient adopté comme philosophe.

Lorsque Le poète s'apprêtait à quitter la marque laissée dans le sable pas sa position assise pour rejoindre le village, Louison s'exclama :

         "Et moi ?"

Iniz Narab se retourna, non étonné et dit :

         "Tu peux, toi aussi faire de même ou alors reste."

         "J'attends depuis 6 jours avec impatience le moment où je pourrai boire vos paroles. Cela fait une demi après-midi que je n'entends que votre silence et vous me laissez avec cette cruche d'eau saumâtre ! "

         "Je te prie de m'excuser mais j'ai rêvé à voix basse et tu sais le silence est beau."

         "Votre silence fait trop de bruit et je suis seul à écouter l'aménité de votre voix qui calme la tempête de votre silence."

         "Que tes paroles ressemblent parfois à mes silences."

         "Les vôtres guident mes pensées et j'espère qu'elles traceront un chemin de miel aux hommes. Je suis votre mémoire. Personne ne vous écoute et vos notes couchées sur des pages jaunies sont ignorées de tous, à jamais elles s'endorment."

         "Mais je parle pour moi et j'écris pour moi donc rien d'étonnant…"

         "Mais on vous dit poète philosophe, vous ne pouvez freiner votre destin, votre mission. Dans mon pays les poètes sont lus et relus, étudiés, appris par cœur, dans tout le monde on connaît leur nom Apollinaire, Musset, Lamartine, Ronsard, Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, il me faudrait des mois pour tous les citer !      

         "Mais mes notes, mes écrits n'ont pas la métrique de leurs élégies, stances et autres odes…" 

         "Mais ils ressemblent à des fables, tout le monde connaît La Fontaine, les grands-pères et leurs petits enfants connaissent sa fable –Le corbeau et le renard- !"

         "Et peu se souvienne d'Esope le créateur de la fable… et lui-même n'a peut être jamais existé. Quel inconnu a placé dans les vents les paroles du « corbeau et du renard » pour qu'après des siècles une petite Louison m'en parle ? Une petite Louison placerait-elle mes paroles dans les vents du désert ?

Iniz griffonna quelques notes sur un papier et partit sans se soucier du regard, pour la première fois, troublé de Louison. Aurait-elle une mission ?

 

Récemment, il y a quand même quelques mois, une de mes amies  (spécialiste en gérontologie) issues de mes treks, me disait que le nom d’Iniz Narab lui disait quelque chose. J’ai eu le plaisir de recevoir par mail (que ferai-je sans mon micro…) le texte ci-dessous. Elle l’a retrouvé dans ces classeurs d’étudiant, c’était une des annexes d’une étude sur « Les différentes approches du vieillissement dans les civilisations autres qu’occidentales ».  

 

  L'âge :

 

Un jour où le soleil était clément, Iniz Narab ne réfléchissait pas à voix haute (son habitude). Louison assise au pied d'un palmier s'amusait de le voir jouer avec des jeunes du village, certainement des neveux et nièces.

 

Au bout d'un temps qui rappelait aux adolescents que l'heure était venue de redonner de l'énergie à leur corps, Iniz Narab s'assit près de Louison, celle qui ne cessait d'écouter ses réflexions, maintenant son amie.

 

Iniz, mastiquant une feuille de khat, entendit la voix aigüe et pourtant douce de Louison :

 

- Tu chahutes avec des enfants, tu taquines, tes paroles sonnent parfois l'impertinence.

- Tu as sûrement l'âge de ceux qui utilisent le verbe pour des paroles pleines de sagesse .

- Et parfois ton comportement laisse soupçonner l'absorption de quelque élixir de jouvence.

- Peux-tu m'expliquer tes agissements semblables quelquefois à ceux de la jeunesse ?

 

Après un de ses longs silences habituels, Iniz Narab le poète que ses pairs prenaient pour un philosophe dit :

 

- Dans mon pays nos familles font honneur à la création. Il n'est pas rare d'avoir 8 à 10 enfants. L'aîné a 30 ans et  père lui-même alors que le dernier est à naître. Toute notre vie nous sommes avec des enfants près de nous, complices dans les jeux. Nous les guidons,  nous les  suivons. A la fin de notre existence nous nous préparons  encore aux prochaines taquineries de nos enfants et élaborons nos propres minauderies. Nos pensées se mélangent à leurs rêves et nos coeurs restent gamins. Nos sourires édentés ressemblent à leurs propres sourires. Et quand la nature a décidé de nous retirer de ce monde (on peut noter ici l'évolution dans les propos d'Iniz Narab qui quelques années auparavant n'aurait pas dit nature mais Allah) c'est plein de sagesse mais aussi d'ivresse que nous préparons ensemble avec nos femmes le dernier voyage.  

 

Louison les yeux grands ouverts, surprise de la réponse d'Iniz, éclate de rire :

 

- Mais tu n'as pas d'enfants, ni de femmes ! Que racontes-tu ?

 

Iniz Narab, sourcils blanchis relevés, prend sa voix de sage et dit :

 

- Louison as-tu déjà oublié nos premiers échanges. Les rêves Louison, les rêves Louison. Toute ma vie est rêve. Toutes mes vies sont rêves. Eveillé je ferme les yeux, je joins mes mains, je souris et une autre vie prend forme. Tu ne peux t'imaginer le nombre d'enfants que j'ai eu, des grands, des petits, des durs, des tendres. Je les ai accompagnés dans leur vie et ils m'ont guidé dans la mienne. Certains sont même plus âgés que moi et encore je les regarde évoluer pour m'aider dans ma propre marche vers la sagesse. Ma petite Louison, sais-tu que toi-même dans mes rêves tu es parfois ma fille, parfois la mère de ma fille, et aussi parfois ma propre mère. Et pour ce dernier exemple, crois moi, c'est emmailloté que je recherche la chaleur de ton sein.

 

Louison, le visage rougi, se dit que la prochaine fois elle se contentera d'interroger Iniz sur les incohérences des hommes...

 
Vous comprendrez que je sois de plus en plus curieux pour ce personnage troublant ; un inconnu dont nombreux sont ceux qui en ont entendu parlé…

 

 

Dans mes recherches sur Narab, je me suis penché sur les villes du Yemen. J’ai commencé par ADEN. Que de surprises !  Tout d’abord je découvre qu’Arthur Rimbaud a vécu là-bas pendant un certain temps et qu’il était d’ailleurs peut être lié à des trafiquants d’armes. Ce dernier était associé à un autre personnage Maurice Riez [1858-1945], originaire de Marseille, il avait un employé chargé d’assurer les liens avec les notables d’Aden  : un yéménite cultivé qui s’appelait Abdullah Narab... Cela ne pouvait être une coïncidence, c’était le père d’Iniz. Jouant avec Google, utilisant toutes les combinaisons possibles et après avoir passé près de deux heures à me fatiguer les yeux, je suis tombé sur ce texte. J’avoue qu’aujourd’hui je suis incapable de dire dans quelle rubrique, dans quel thème j’ai pu trouver cet écrit.

 

Iniz Narab déstabilisé par Louison :

 


Un jour, un matin, Iniz Narab devait se rendre à Aden. On dit dans la région que certains grands du Yémen recherchaient ses conseils et c'est grâce à cela qu'il pouvait se contenter de rêver et de parler pour vivre.

Donc un jour, un matin, Iniz Narab devait partir pour Aden. Cela faisait quelques temps qu'il n'avait pas rêvé à voix haute à l'ombre d'un dattier. Cela faisait donc aussi quelques jours qu'il n'avait échangé quelques mots avec Louison. 

L'oasis était à quelques kilomètres d'Aden, à quelques heures de marche, mais Iniz Narab profitait toujours soit de la calèche d'un ami soit d'une simple charrette d'un autre ami. Ce matin là il voyageait en compagnie du responsable du site historique de Zabid là où la mère de Louison poursuivait son étude sur l'influence architecturale de l'Inde dans cette ville ancienne du Yémen. Louison était là aussi ; elle rejoignait à Aden, pour quelques jours, son père (diplomate et surtout intrigant du commerce colonial). Les passions des parents de Louison demanderaient de longues pages…

Louison était heureuse d'être en compagnie d'Iniz Narab. Un sourire figé laissant admirer un fard rouge de demoiselle et des yeux brillants rehaussant la clarté de son regard, montraient des envies de taquinerie voire de coquinerie ; plus proche du chahut estudiantin que d'une recherche de séduction.

Iniz Narab voyageait dans ses pensées, ses rêves. Louison attendait le moment de l'interpeller.

Voyant passer une patrouille anglaise (le pays était partagé entre la domination anglaise pour le sud et celle ottomane pour le nord) qui obligea ainsi quelques anciens yéménites à se reculer pour laisser le passage, lui amena son sujet. De plus, cela se passait juste devant la maison où avait séjourné pendant une dizaine d'année Arthur Rimbaud dans sa période de trafiquant d'armes.

Elle s'adressa à Iniz Narab :

« Cela ne te gêne pas de voir ton peuple, ton pays exploitait par des puissances étrangères… »

Iniz Narab en suivant le regard de Louison cherchait à travers le sable flottant soulevé par les mouvements de rue, l'image, l'événement, l'instant qui a pu faire mûrir cette question à Louison. Il cherchait aussi "Son peuple", "Son pays" et les puissances qui les exploitaient. Il ne vit que des anciens regardant passer une patrouille de soldat et une demeure utilisait par quelques étrangers pour des séjours plus ou moins longs. Un de ces étrangers qui travaillait pour un exportateur de café, était connu comme poète dans le pays de Louison. Iniz se souvenait que son père l’avait un temps côtoyé.

Il fixa Louison avec un regard qui ne disait rien, qui ne questionnait pas, il regardait.

Louison, non excédée, avait envie de s'amuser :

« Dans tes rêves les anglais s'écartent pour laisser passer les vieillards arabes ? … »

Iniz Narab la regarde. Elle continue :

« Les vieillards rêvent-ils d'un pays imaginaire, celui qu'on leur a pris ?

Je doute, sinon pourquoi se sont-ils cachés pour cracher par terre au passage de la patrouille ?

Où est leur dignité ? Et la tienne ? Là haut… dans tes rêves ? »

Iniz Narab semble perturbé. Déjà ses réflexions, ses rêves ont été, si ce n'est pas embrouillés, au moins dérangés en le ramenant trop souvent à la réalité. Déjà la muraille de sa foi s'est largement lézardée. Déjà Louison l'a amené à regarder ceux qui l'écoutent. Déjà lors de ses visites aux grands de sa contrée, il a utilisé des expressions étonnantes de sa bouche "pensez aussi à ceux qui vous ont permis d'être là…", "aidez celui qui ne peut s'aider c'est votre frère", alors qu'auparavant il lui suffisait de les écouter, de les regarder pour les conseiller ; il lui arrivait même de ne dire aucun mot et que le Grand de ce monde lui donnait une bonne bourse car si ce n'est son âme, son chemin était dégagé de nuages. Ils parlaient, il écoutait. C'était avant Louison. Déjà donc le rêve n'était plus le seul conseil qu'il donnait à ces notables qui parfois rencontraient le doute.

Cette jeune fille le forçait à ouvrir les yeux différemment. Il n'arrivait pas à savoir si cela le gênait, l'agaçait ou au contraire l'enchantait, lui plaisait.

Avant Louison, dès que le doute venait en lui, dès que ces rêves ne le reposaient plus il lui suffisait de penser fortement "Allah est grand" et de nouveau sa route, sans but, était dégagée. Depuis Louison, dès qu'il prononçait le nom d'Allah, un goût amer lui montait et ses yeux se baissaient. Qui était-elle donc ? 

Louison, appuyant son doigt sur le genou d'Iniz Narab – il ne put retenir un frisson – relança la discussion où seule pour le moment elle intervenait :

« Es-tu parti te réfugier dans tes rêves ? »

"Refuges", ses rêves, et pourquoi pas. Et pour les autres…

Le regard vert d'Iniz Narab se figeait, non au contraire s'ouvrait, de toute façon intriguait.

Le responsable du site historique de Zabid n'arrivait pas à suivre les notes qu'il feuilletait depuis le départ de l'oasis ; il était intrigué par l'étrange dialogue entre la jeune fille impertinente et celui que tout le monde considérait comme un poète alors qu'il n'était qu'un philosophe et encore.

Iniz Narab avait remarqué le regard furtif du petit fils de celui qui avait accompagné le français Joseph Halévy. Iniz l’appréciait car il avait su concilier sa vie entre son pays et ceux des autres, il partageait son savoir et approfondissait ses connaissances avec des personnes issues de pays autres que le sien.

Son rêve n'avait pas de frontières et ce n'était pas un refuge mais sa vie. Mais pour lui ? Et pour les autres ?

Il aurait aimé se trouver assis à l'ombre d'un dattier et penser à voix haute car il sait que son esprit aurait suivi des chemins doux, l'amenant peu à peu à ses rêves et à voix haute il rêverait partageant son évasion avec ceux qui l'écoutaient… Mais là enfermé dans une calèche, il ne pouvait s'évader… Il devait dire quelque chose, il devait  répondre.

Son esprit s'égare, Louison lui parle des hommes et de leur tristesse, mais c'est leur problème et comme lui ils n'ont qu'à réagir, lui c'est en rêvant. Et puis lui-même, simple rêveur, ne peut rien pour l'humanité. Il ne peut quand même pas se mesurer à Allah ! C'est du domaine des dieux de guider les peuples ! Mais déjà il doutait de la présence d'un dieu.

Iniz Narab répondit :

« Prends ma main et sur tes chemins de révolte guide-moi.

Ou accompagne-moi pour le pays des songes où je suis roi. »

Le responsable du site historique de Zabid petit fils de Hayyïm, blanchit, se raidit car pour la première fois il vit le regard d'Iniz pétiller, ce regard était accompagné d'un sourire appuyé.

Iniz Narab était la paix, la fille des français la révolte…

Louison ouvrit de grands yeux, ne sut quoi dire, rougit. Inquiète, elle se demandait si elle n'avait pas été un peu loin, si c'était un jeu ou si elle jouait un rôle dans une histoire qui allait s'écrire. Qui était-elle ?

 

La pression du moment descendu, le calme dans les têtes revenu, Iniz Narab, les yeux entre-ouverts, un sourire confirmait qu’il rêvait… d'un autre monde.


A suivre...

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