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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 12:06

 

Retour sur les moyens pour aider au renoncement des causes de la souffrance.

 

Rappel des conclusions de mon dernier article "Je suis bouddhiste (suite 8)", où je posais deux questions :

- Souffre-t-on vraiment ?

- Quel intérêt la vie sans désir ?

 

La 1ère conclusion était de dire que si pour une majorité d'entre nous (mes proches) les sujets de souffrance étaient d'une part limités et d'autre part n'entraînaient que des petites souffrances rapidement oubliées, on connaissait tous des personnes plus ou moins éloignées qui vivaient de réelles souffrances. De plus, force est de constater que plus on avance dans l'âge plus les causes de souffrance se multiplient. Il était donc judicieux de profiter de notre état  favorisé pour se préparer sereinement à l'arrivée d'éventuelles souffrances.

 

La 2ème conclusion était un rappel d'un point de l'enseignement du Bouddha : renoncer aux causes de la souffrance notamment, entre autres, "ne pas obtenir ce que l'on désire". La cause de cette souffrance spécifique est donc le désir. Je précisais que personnellement je n'avais pas envie de freiner mes propres désirs et je rappelais cette phrase du Dalaï Lama qui atténuait un peu l'enseignement littéral du Bouddha : http://3.bp.blogspot.com/-xBY_gI6ZGJk/TW9gGdRw-rI/AAAAAAAAAvg/0A4Z2NxgESU/s320/dalai-lama.jpg

"Quand on enseigne qu'il faut réduire sa fascination pour les choses de cette vie, cela ne veut pas dire que l'on doit renoncer totalement à ces dernières, mais qu'il faut se garder de la tendance naturelle à passer de l'exaltation à la dépression au gré des hauts et des bas de l'existence, de sauter de joie dès que l'on réalise un gain ou d'être prêt à se jeter par la fenêtre si l'on n'obtient pas ce que l'on veut à tout prix. Etre moins préoccupé par les affaires de cette vie signifie garder un esprit vaste et stable face aux aléas de l'existence."

 

Donc nous pouvons retenir d'une part que si nous ne souffrons pas, nous pouvons tout de même nous préparer aux souffrances à venir et d'autre part que, un désir non satisfait pouvant faire souffrir, nous pouvons apprendre à réduire nos envies pour les choses de la vie et nous pouvons apprendre aussi à minimiser ainsi nos frustrations.


Depuis on m'a fait remarquer qu'il n'était pas nécessaire de suivre l'enseignement du Bouddha pour atteindre une certaine sérénité devant les difficultés de la vie.

Certes beaucoup de bon sens et une certaine modestie dans les ambitions matérielles et professionnelles suffisent pour ne pas subir une grande partie des causes de la souffrance liée aux désirs ; de plus quand cette souffrance est là avec de la réflexion on arrive à relativiser, à accepter cet état de fait.

C'est vrai, mais il est facile de dire cela quand on n'est pas dans la situation. Nous constatons chaque jour que pour certains voire des proches ce n'est pas si simple. Et souvent pour une grande majorité d'entre nous dès que la souffrance réelle est présente, ce qui paraissait facile avant devient beaucoup plus compliqué.

Mon expérience personnelle : mon désir profond d'avoir une famille unie a été cassée par mon divorce (plus de 10 ans maintenant) et ce fut, pour moi, une difficulté immense à raisonner sereinement, à réfléchir, à oublier, à admettre, à comprendre ; à chaque pensée sur le sujet c'était souffrance et cela pendant de nombreuses années, le seul moyen d'y échapper était de fuir tout événement qui me rappelait ce divorce...

Alors pour moi il est évident que l'enseignement bouddhiste est vraiment une nécessité pour le bien-être, de soi-même et pour les autres. La méditation et la compassion sont, pour moi, les deux moyens les plus efficaces dans cette recherche. 

 

La méditation

La plupart de nos souffrances, encore une fois pour la majorité d'entre nous de toutes petites souffrances, est issue du jeu de nos pensées, de leurs désordres. Dès que nous connaissons un moment de calme, de repos, les pensées arrivent ; heureusement pour nous ce sont des pensées qui ne perturbent pas notre humeur. Mais parfois si nous connaissons quelques soucis, si nous rencontrons quelques difficultés dans notre quotidien il est évident que nos pensées sont dominées par ces ennuis. Selon leur importance, leur conséquence sur notre vie, nous pouvons avoir des difficultés à sortir de cet afflux de pensées négatives ; parfois on dit que « le petit vélo s'est mis en marche ».

Dans le cas d'un divorce une multitude de questions, de pensées, occupent l'esprit :

- Pourquoi n'avons-nous pas parlé avant ?

- Pourquoi sacrifier cette vie de famille ?

- Pourquoi ne m'aime-t-elle (il) plus ?

- Pourquoi ces dizaines d'années perdues ?

- Que vais je faire maintenant ?

- J'en ai marre de cette vie !

- Etc.

Des scénarios similaires existent pour des cas de perte d'emploi, d'êtres chers disparus, de maladies, etc.

Nous sommes bien entendus conscients qu'il ne sert à rien de ressasser ses pensées, mais nous avons vraiment des difficultés à penser à autre chose et la vie peut en devenir insupportable. Parfois cet état de souffrance peut durer des semaines, des mois, des années…

La méditation permet de redonner tout son pouvoir à notre esprit ; je pourrais même dire lui redonner son intelligence, sa réflexion, sa force de compréhension, sa force d'analyse.

Personnellement je note dans mes séances de méditation trois étapes importantes ; les deux premières étapes sont liées à la respiration, je commence par réguler ma respiration afin d'être dans un état tranquille, ensuite je me concentre sur cette respiration en observant ses actions sur mon corps, des grattouillis du nez jusqu'à la chaleur dans les poumons. Grâce à ces deux étapes mon esprit se calme, ainsi je peux observer avec sérénité les événements proches ; cela peut être une douleur (genoux, dos,…), mais aussi un bruit extérieur (moteur, aboiements,…). Ensuite, apaisé, concentré je laisse venir les pensées et mon esprit, comme pour la douleur du genou ou le bruit de moteur, les observe sans jugement, avec équanimité.

Grâce à la méditation, ces pensées issues d'événements du passé, de faits d'actualité, de projets d'avenir ne sont pas sans importance mais sans incidence sur mon état, sur mon humeur, sur mon « moi » ; et c'est avec tranquillité, avec une grande quiétude que ces pensées vont influer sur mes choix, sur mes activités, sur mes désirs. En situation de méditation je relativise aisément l'importance de mes choix, de mes activités et de mes désirs ; j'arrive même à relativiser ma propre existence. Ainsi mes « échecs » petits ou grands ne m'amènent que très rarement de la frustration ; de ce fait je peux tenter d'autres projets, me lancer d'autres défis et cela sans angoisse, sans peur de rater.

Je vais encore reprendre un exemple : mon mal de genou ; quand je sens sa douleur que cela soit en marchant ou en méditant, j'arrive facilement à l'oublier. La souffrance est là mais je l'ignore. Mais ce mal de genou occupe aussi mes pensées : vais-je pouvoir faire ma randonnée de 250 km au mois de juin ? Est-il prudent de m'engager dans un trek de plus de 80 jours en juin 2012 au Népal ? Et bien c'est comme pour la douleur ces pensées négatives je les oublie rapidement, on verra bien… Et puis d'ailleurs si je ne peux pas satisfaire ces désirs, je trouverai d'autres sujets pour me faire plaisir.

 

En résumé, grâce à la méditation, si nous ne supprimons pas les souffrances nous apprenons à les relativiser, à les accepter et nous finissons par les ignorer. Elles ne nuisent plus à notre bien-être. 

 

De plus en oubliant nos propres souffrances nous sommes beaucoup plus ouverts aux souffrances des autres et c'est déjà le début de la compassion, mais ce sera le sujet d'un autre article.  

 

Ici je vais cesser de parler de la souffrance, mais d'une sensation absolument agréable qui m'arrive d'atteindre lors de mes méditations. Il m'arrive de ne plus avoir de pensées, de ne plus être dérangé par l'environnement et je me trouve dans un état, j'allais dire second, mais difficile surtout à décrire. C'est comme si je n'étais plus à ma place mais que j'étais partout ; je sais ce n'est pas clair. Dernièrement au cours d'un repas avec des amis j'ai essayé de m'expliquer en comparant mes séances de méditation à mes observations des couchers de soleil en montagne.

Quand je suis assis en position de méditation, au bout d'un moment, quand je suis particulièrement calme où mon esprit a oublié son corps j'ai l'impression d'être ailleurs, d'être à la fois loin et à la fois très proche. Je peux, en effet, comparer cette situation à ce qui arrive quand je regarde la nuit tomber en montagne. Je suis assis dans l'herbe en haut d'une falaise pour admirer les couleurs du coucher de soleil s'étaler dans la vallée beaucoup plus bas. Quand le jour est encore là je peux voir autour de moi la nature presque sauvage ici une fourmilière, là un arbre détruit par un orage, là encore ce chemin abrupt que j'ai gravi avec quelques difficultés. Peu à peu tous ces repères proches de moi disparaissent dans l'obscurité et mon regard se porte sur ce ciel flamboyant qui embrase la vallée et les montagnes qui l'entourent. Devant ce spectacle extraordinaire je reste assis et je laisse s'écouler le temps. Le soleil finit par disparaître de l'horizon et l'obscurité s'empare de la vallée et des montagnes. Il fait presque noir. Je reste assis là. C'est une nuit sans lune, doucement les étoiles apparaissent, une, deux, cent, une multitude… Tous ces points lumineux me montrent l'infinité de l'espace. Je n'ai plus conscience de lhttp://antwrp.gsfc.nasa.gov/image/0006/southerncross_gb_big.jpga fourmilière, de l'arbre brûlé, du chemin abrupt mais je prends conscience de l'immensité de ce vide si riche. Je prends conscience que je ne suis rien mais que je fais aussi parti de ce vide. Ces moments intenses que je découvre en montagne il m'arrive de les ressentir lors de la méditation. La fourmilière, l'arbre brûlé et le chemin abrupt sont remplacés par ma douleur de genou, le bruit de moteur et mes pensées négatives ; pareil, tout disparaît et les yeux fermés je me retrouve dans un vide intense si riche et très agréable. Je me demande parfois si cela ne ressemble pas à la vacuité dont parlent les bouddhistes.

Est-ce plus clair mon état second ?

Dans le prochain article, j'aborderai "Mon bouddhisme" : Je suis bouddhiste (suite 10 - mon bouddhisme)…

Pour connaître tous mes articles sur le bouddhisme, commencer par celui-ci :"Je suis bouddhiste..." 

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Published by Sagamartial - dans Ma vie
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commentaires

chakra 14/04/2017 17:31

Bonjour, je commence à m' intéresser au bouddhisme et j'aimerai savoir comment gérer la colère et comment améliorer la médiation ? Est ce que certain bracelet ou collier permet de mieux nous concentrer?

Marie Emilie 17/04/2016 10:31

Bonjour, votre article m'a intéressé car je suis aussi en situation de problèmes de couple. Je pratique la méditation depuis plusieurs mois et j'en ai trouvé beaucoup de bienfaits. Dans ma méditation je me suis tourné vers la compassion, et les souffrances dans le monde. J'ai ainsi écrit un long message de paix et je vous invite à en lire quelques pages sur mon site WordPress. Je me suis tournée vers le bouddhisme engagé. Bien à vous et hommage à Bouddha !

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